Bukavu des ONG locales renforcent leurs capacités en mobilisation de fonds et gestion financière Projet Local SPACE
Dans l’Est de la République démocratique du Congo, les crises se succèdent souvent plus vite que les moyens disponibles pour y répondre. Les organisations locales sont pourtant parmi les premières à intervenir auprès des communautés touchées. Leur défi n’est pas seulement d’agir vite, mais aussi de trouver des ressources, de les gérer correctement et de rendre compte avec rigueur.
Du 28 au 30 mai 2026, des ONG locales et des organisations à base communautaire ont pris part à des ateliers de formation organisés simultanément à Goma, Bukavu et Bunia. Ces sessions se sont tenues dans le cadre du projet ECHO Emergency Response Capacity – DRC Local SPACE, aussi appelé Espace Local RDC.
Portée par CAFOD, en partenariat avec CONAFOHD RDC, cette activité vise à renforcer le rôle des acteurs locaux dans la réponse humanitaire. Elle s’inscrit dans l’Axe 5 du projet, consacré au renforcement des capacités institutionnelles des ONG et OBC.

Une formation centrée sur l’autonomie des organisations locales
Pendant trois jours, les participantes et participants ont travaillé sur des thèmes qui touchent au cœur du fonctionnement d’une organisation humanitaire locale. La mobilisation des ressources, la gestion financière et la planification budgétaire ne sont pas de simples exigences administratives. Ce sont des conditions essentielles pour agir avec crédibilité et continuité.
Les ateliers ont notamment porté sur le développement de plans de mobilisation de fonds. Pour une ONG locale, un tel plan aide à éviter l’improvisation. Il permet d’identifier les sources possibles de financement, de préparer des dossiers solides et de construire une relation plus claire avec les partenaires techniques et financiers.
Les échanges ont aussi abordé la diversification des financements. Cette question est souvent décisive pour les structures locales. Dépendre d’un seul bailleur ou d’un seul projet peut fragiliser une organisation. Quand ce financement prend fin, les activités s’arrêtent, les équipes se dispersent et les communautés perdent un appui précieux.
Diversifier les ressources ne signifie pas seulement chercher plus d’argent. Cela demande aussi de mieux comprendre les priorités des bailleurs, de présenter des projets réalistes, de démontrer la capacité de gestion et d’entretenir la confiance dans la durée.
La formation a également mis l’accent sur les mécanismes de gestion budgétaire et financière. Les participants ont été outillés sur les pratiques attendues par les bailleurs humanitaires, notamment la tenue des budgets, le suivi des dépenses, la redevabilité financière et la transparence dans l’utilisation des fonds.
Ces éléments peuvent paraître techniques, mais ils ont un effet direct sur la réponse humanitaire. Une organisation capable de suivre précisément ses dépenses peut mieux défendre ses besoins, corriger rapidement les écarts et prouver que les ressources reçues servent réellement aux objectifs prévus.
Pourquoi la gestion financière devient un levier humanitaire
Dans une zone marquée par des besoins humanitaires récurrents, la bonne volonté ne suffit pas. Les ONG locales doivent pouvoir répondre à des exigences de plus en plus précises. Les bailleurs demandent des budgets lisibles, des pièces justificatives, des rapports cohérents et des systèmes internes capables de limiter les erreurs.
Cette réalité peut être lourde pour de petites structures. Plusieurs organisations à base communautaire sont nées au plus près des besoins, avec des personnes engagées et une bonne connaissance du terrain. Elles savent où se trouvent les ménages déplacés, quelles routes sont praticables, quelles communautés sont isolées et quelles urgences se présentent en premier.
Mais cette proximité ne garantit pas toujours un accès direct aux financements humanitaires. Sans systèmes financiers solides, une organisation locale peut être perçue comme risquée, même si son travail est pertinent. C’est précisément l’un des enjeux du projet Local SPACE.
L’objectif annoncé par les organisateurs est clair. Il s’agit d’aider les structures locales à accroître leur autonomie financière, à améliorer leur crédibilité auprès des partenaires et à renforcer leur capacité à répondre aux crises qui touchent régulièrement l’Est du pays.
Cette démarche rejoint une priorité de plus en plus discutée en RDC, la localisation de l’aide humanitaire. Cette approche vise à donner plus de place, de moyens et de responsabilités aux organisations locales. En pratique, cela veut dire que les acteurs présents sur le terrain ne doivent pas seulement exécuter des activités. Ils doivent aussi participer à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation des interventions.
Renforcer la gestion financière des ONG locales, c’est aussi renforcer leur place dans les décisions humanitaires.
À Bukavu, Goma et Bunia, cette logique prend une dimension concrète. Les organisations locales ne demandent pas seulement à être associées aux réponses d’urgence. Elles cherchent aussi à disposer des outils qui leur permettent d’assumer ce rôle avec rigueur.
Des compétences pratiques pour gagner la confiance des bailleurs
La mobilisation de fonds ne se résume pas à répondre à des appels à projets. Elle commence souvent bien avant le dépôt d’un dossier. Une organisation doit savoir expliquer son mandat, présenter son expérience, documenter ses résultats et montrer qu’elle maîtrise les règles de gestion.
Les formations organisées dans le cadre de Local SPACE ont donc touché plusieurs compétences liées entre elles.
Les plans de mobilisation de fonds aident les structures à définir leurs priorités. Ils peuvent répondre à des questions simples, mais déterminantes.
Quels besoins l’organisation veut-elle couvrir dans les prochains mois?
Quels bailleurs soutiennent ce type d’intervention?
Quelles preuves l’organisation peut-elle présenter?
Quels documents financiers doivent être prêts avant de soumettre une proposition?
Comment éviter de courir après toutes les possibilités sans stratégie claire?
La diversification des financements, elle, aide à répartir les risques. Une organisation active dans l’eau, l’assainissement, la protection, la santé communautaire ou l’appui aux déplacés peut chercher différents types de partenaires selon ses capacités réelles. Le but n’est pas de multiplier les demandes sans cohérence. Le but est de bâtir une base plus stable.
La gestion budgétaire constitue un autre pilier. Dans un projet humanitaire, un budget n’est pas une formalité. Il raconte comment les activités seront mises en œuvre. Il montre les choix, les priorités et les limites. Un budget mal construit peut fragiliser un bon projet. Un budget clair peut rassurer un bailleur et faciliter le suivi.
Les ateliers ont aussi insisté sur la redevabilité financière. Cela signifie qu’une organisation doit être capable d’expliquer comment les fonds ont été utilisés, pourquoi certaines dépenses ont été faites et comment les documents justificatifs sont conservés. Cette redevabilité concerne les bailleurs, mais aussi les communautés servies.
Un projet qui gère bien ses ressources protège la confiance. Cette confiance est fragile, surtout dans des contextes où les besoins sont nombreux et où les populations touchées attendent des réponses rapides. Quand les organisations locales appliquent des règles claires, elles renforcent leur légitimité.
Local SPACE et la professionnalisation des réponses locales
Le projet Local SPACE s’inscrit dans une dynamique plus large. Dans plusieurs contextes humanitaires, les acteurs locaux plaident pour un transfert plus direct des ressources. Ils demandent aussi une participation plus équitable aux mécanismes de coordination.
Dans l’Est de la RDC, cette demande prend un relief particulier. Les crises sécuritaires, sanitaires et humanitaires créent des besoins complexes. Les déplacements de populations, l’accès limité à certains territoires et la pression sur les communautés d’accueil exigent des réponses rapides, mais aussi bien coordonnées.
Les ONG locales connaissent souvent mieux les réalités sociales, linguistiques et géographiques des zones affectées. Elles peuvent repérer des besoins que d’autres acteurs voient moins vite. Elles peuvent aussi maintenir une présence lorsque l’accès devient difficile pour des organisations plus éloignées du terrain.
Mais pour participer pleinement aux mécanismes humanitaires, elles doivent répondre à certaines attentes. Cela inclut la capacité à préparer des rapports, à suivre des indicateurs, à gérer des fonds et à respecter les règles des bailleurs. La professionnalisation ne signifie pas perdre l’ancrage communautaire. Elle vise plutôt à donner aux organisations locales les moyens de mieux défendre leur place.
Dans ce sens, le partenariat entre CAFOD et CONAFOHD RDC cherche à appuyer les structures locales sans les remplacer. L’objectif est de renforcer leur leadership, pas de le limiter. En travaillant sur les capacités institutionnelles, le projet touche aux fondations mêmes des organisations.
Ces fondations comprennent généralement plusieurs éléments.
Une gouvernance interne claire
Des procédures financières connues et appliquées
Une planification réaliste des activités
Une documentation régulière des résultats
Une communication transparente avec les partenaires et les communautés
Quand ces éléments sont mieux maîtrisés, une organisation peut présenter des projets plus solides. Elle peut aussi mieux négocier sa place dans les partenariats, au lieu de rester dans un rôle secondaire.

Une réponse aux défis récurrents de l’Est de la RDC
La tenue simultanée des ateliers à Goma, Bukavu et Bunia montre que les besoins de renforcement ne se limitent pas à une seule ville. Ces trois pôles jouent un rôle important dans l’action humanitaire à l’Est du pays. Ils accueillent ou coordonnent de nombreuses initiatives liées aux urgences sécuritaires, aux déplacements et aux besoins sociaux de base.
À Bukavu, comme dans d’autres villes de la région, les organisations locales évoluent dans un environnement exigeant. Elles doivent répondre à des attentes multiples. Les communautés attendent une aide concrète. Les autorités et les mécanismes de coordination cherchent des informations fiables. Les bailleurs veulent des garanties de gestion. Les équipes internes ont besoin de procédures claires pour travailler efficacement.
Cette pression peut devenir un frein lorsque les capacités administratives ou financières ne suivent pas le rythme des urgences. Une formation comme celle organisée du 28 au 30 mai 2026 permet donc de prendre du recul. Elle offre un espace pour revoir les pratiques, poser des questions et comparer les expériences entre organisations.
Les participants ont salué une formation jugée stratégique dans un contexte marqué par la multiplication des crises. Leur appel à poursuivre ce type d’accompagnement traduit un besoin durable. Trois jours de formation ne suffisent pas à transformer entièrement une organisation, mais ils peuvent ouvrir une voie.
Le vrai enjeu se jouera après les ateliers. Les organisations devront intégrer les acquis dans leur fonctionnement quotidien. Cela peut passer par la révision d’un modèle de budget, la mise à jour d’une procédure de dépenses, la préparation d’un calendrier de recherche de financement ou le renforcement du classement des pièces justificatives.
Ces gestes peuvent sembler modestes. Mis ensemble, ils changent pourtant la capacité d’une organisation à convaincre, à gérer et à durer.
Donner plus de place aux acteurs locaux demande un appui continu
La localisation de l’aide humanitaire ne peut pas rester un principe général. Elle demande des investissements concrets dans les compétences, les systèmes et la reconnaissance des organisations locales. Les ateliers de Goma, Bukavu et Bunia vont dans ce sens.
En formant des ONG et OBC à la mobilisation de fonds et à la gestion financière, le projet Local SPACE touche un point central. Les acteurs locaux ne peuvent pas jouer pleinement leur rôle si les ressources restent difficiles d’accès ou si les exigences financières deviennent des barrières infranchissables.
L’appui apporté par CAFOD et CONAFOHD RDC contribue à réduire cet écart. Il aide les organisations à mieux se préparer aux exigences des partenaires, tout en consolidant leur ancrage auprès des communautés. Cette combinaison compte beaucoup. Une organisation locale forte doit être à la fois proche du terrain et capable de répondre aux standards humanitaires.
Le renforcement des capacités institutionnelles n’est pas un exercice administratif isolé. Il influence la qualité des interventions, la confiance des bailleurs et la redevabilité envers les populations affectées. Il peut aussi favoriser une participation plus active des organisations locales dans les espaces de coordination de la réponse d’urgence.

Pour les ONG et OBC présentes, la prochaine étape sera de transformer les connaissances reçues en pratiques régulières. Préparer un bon plan de mobilisation de fonds, suivre un budget avec discipline et rendre compte avec transparence demandent du temps. Cela demande aussi un accompagnement continu.
L’atelier de Bukavu, organisé en parallèle avec ceux de Goma et Bunia, rappelle une idée simple. Les organisations locales sont déjà au cœur des réponses humanitaires. Les renforcer, c’est améliorer la rapidité, la qualité et la pertinence de l’aide apportée aux communautés touchées par les crises dans l’Est de la RDC.


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